mardi 19 juillet 2011

Sept d'Afghanistan


19 juillet 2011

Publié sur Agoravox

Le ciel pleure. Ses larmes recouvrent le pavé des Invalides où nos camarades avancent au pas lent des frères d’armes qui les portent sur leurs épaules. Sept encore ont été arrachés à notre affection, morts à la guerre, à des milliers de kilomètres du pays.
Après une succession de cérémonies identiques, dont les comptes-rendus furtifs, au journal de vingt heures, n’avaient souligné, jusqu’à présent, que l’aspect arithmétique, la Nation marque une pause, s’émeut et s’interroge. Elle s’interroge sans doute pour savoir quand cela prendra-t-il fin. C’est à la fois humain et dérisoire. Elle est également interpellée par la cohésion des unités, marquées par le deuil, qui descendaient les Champs-Élysées, il y a quelques jours. Après avoir combattu si loin, pendant si longtemps, en endurant tant de peine face à un adversaire aussi impitoyable, comment ne pas perdre confiance ?
Un raisonnement rationnel conduirait même, peut-être, à estimer qu’une voie alternative aurait permis d’assumer nos engagements à un prix moindre. Les commentateurs de plateaux de télévision ne cessent d’en faire l’inventaire.
Là n’est pas le raisonnement du soldat. Il a fait le choix, à vingt ans, de servir. Servir son pays, aux ordres des autorités politiques élues pour décider du bien commun. Il a confiance en elles et se nourrit de l’exemple de ceux qui l’ont précédé. Autres temps, autres guerres, autres sacrifices, toujours avec le sentiment que la France le requiert et que son avenir en dépend. Filiation de ceux qui, toutes origines mêlées, ont trouvé dans la camaraderie de combat le meilleur de l’âme humaine : l’abnégation, la solidarité, le goût de l’effort, l’aptitude au sacrifice, le respect de l’adversaire et l’humilité au service de la collectivité.
C’est peut-être la soudaine prise de conscience de ce qu’il y a de grand dans l’engagement de ces sept soldats qui a provoqué ce moment de recueillement. Sept jeunes français, derniers d’une longue lignée tombés au nom de valeurs qui dépassent l’intérêt individuel ! Rude rappel pour ceux qui dépriment dans un environnement miné par les petits égoïsmes et le jeu nauséabond des bassesses sectaires. La grandeur d’un peuple se nourrit de la preuve, renouvelée sans cesse, de sa capacité à payer le prix de la liberté et de ses amitiés avec d’autres peuples.
Que sommes nous capables de donner à notre pays ? Chacun de ces sept soldats a répondu avec simplicité, dans un quotidien où la rigueur climatique, la fatigue, la tension du danger conduiraient naturellement vers le repli sur soi. Eux ont choisi de développer, au cours de longues années de formation et d’aguerrissement, cette capacité à agir collectivement, à s’épauler dans les épreuves, à se protéger mutuellement. Ils allaient vers la grandeur sans la rechercher. Simplement parce que leur cœur les poussait vers ce métier qui s’inspire du meilleur de la Nation et de la République.
L’émotion qui étreint le pays transcende les débats sur l’engagement français en Afghanistan. Provisoirement, la question n’est plus de savoir où ne pas aller pour ne pas mourir. L’image de ces anonymes qui donnent leur vie pour accomplir une mission confiée par les autorités de la République inspire simplement le respect et appelle le silence. Ne ménageons pas notre tristesse et entourons leurs familles de notre affection.